Séjour linguistique à Cheltenham

Fabienne Alfandari

« Tu parles anglais, bien sûr ? » je ne sais pas si je dois le prendre comme une affirmation ou une interrogation, quoi qu’il en soit ma réponse sera « oui, mais.. » C’est vrai que j’ai des bases solides mais il me manque de la fluidité, des expressions, du vocabulaire spécialisé. Et voilà que, pour cause d’anglais trop approximatif, je rate une opportunité de mandat intéressant. Comme tous les optimistes, je vois dans chaque difficulté une opportunité…


Que faire ?

Que faire ? Retourner sur les bancs de l’école ? Pas évident quand on a la quarantaine passée et peu de plages libres dans un agenda chargé. L’idée d’un séjour en Angleterre s’impose à moi, avec toutes les appréhensions et croyances négatives qui l’accompagnent: « il n’y aura que des jeunes, c’est de l’anglais académique, on y mange mal, il pleut tout le temps… »
Pourtant mon conseiller à ESL ne tarde pas à me convaincre : il me propose un programme spécial pour cadres, adapté à mes besoins, c’est-à-dire pas de lecture de Shakespeare dans le texte mais une approche « business et marketing » qui va me permettre de mieux communiquer avec mes clients. « Et mon petit confort à la suisse ? »m’inquiète-je ? Il m’assure que les familles d’accueil sont triées sur le volet, je peux même demander mon régime végétarien !
Je dois seulement m’inquiéter de mon billet d’avion, tout le reste est organisé pour moi, c’est un gain de temps appréciable. Arrivée sur place, je suis attendue par un taxi qui me conduit chez mes hôtes, je profite du voyage pour faire la causette avec mon chauffeur, me voici déjà en immersion totale, l’oreille à l’affût, prête à me familiariser avec la pratique quotidienne de la langue.


la famille d’accueil

Comme on m’en avait assuré, la famille d’accueil est très sympathique, le couple me fait aussitôt la conversation en prenant soin de bien articuler et me montre mon domaine pour une semaine, une charmant chambre décorée à l’anglaise, courtepointe de dentelle et tapisserie à fleurs, avec ma salle de bains privée, le grand luxe !


Cheltenham

Dès le lendemain matin, je prends le chemin des écoliers. Cheltenham est une petite ville et les transports publics y sont réduits à leur plus simple expression, en bref je perdrai moins de temps en y allant à pied. C’est une trotte d’une vingtaine de minute à travers campagne et zone suburbaine, à la découverte de vertes prairies et de groupe de maisons typiques de ce lieu, toutes alignées avec leur jardins sages et pourtant toutes différentes, aménagée par chaque famille avec un soin particulier. Contraste étonnant que présente l’Angleterre entre modernité et tradition, capable d’innovation voire d’extravagance tout en restant très attachée à des valeurs séculaires. Par moment, j’ai l’impression de vivre ici dans un autre siècle, le temps semble s’être arrêté sur les paysages sereins d’un Etat qui n’a pas connu d’occupation et a vécu ses guerres en dehors de son territoire.


L’école

L’école est une de ces maisons de ville contigües, étroite et haute de 2 étages, caractéristique du paysage urbain de la région. Nous sommes cinq nouveaux candidats, cette semaine, et le directeur nous accueille avec un message de bienvenue plein d’un humour typiquement british, décalé et pince-sans-rire. Après avoir passé une série de tests écrits, il évalue le niveau de nos connaissances et, au cours d’un entretien individuel, nous indique notre programme personnalisé.


Les cours

En ce qui me concerne, j’aurai tous les matins un cours en tandem avec un élève espagnol, l’après-midi nous rejoindrons un groupe de 5 personnes venues de république Tchèque, Allemagne et Suisse alémanique. Le matin, nous travaillerons plus spécifiquement des notions de grammaire et de vocabulaire étendu, l’après-midi est consacré à des exercices plus pratiques de conversations, d’écoute et compréhension de bandes sonores et vidéo. Des exercices à faire pour le lendemain nous permettent de maintenir un rythme soutenu tout au long de la semaine.
Le point fort de ce programme réside incontestablement dans l’aspect extrêmement pratique et tourné vers les préoccupations des participants. Tout au long de cette semaine, j’ai pu, non seulement acquérir de nouvelles notions et pratiquer la langue plusieurs heures par jour, mais aussi découvrir de nouveaux horizons en partageant avec des confrères et consoeurs venus de toute l’Europe. Certains des participants étaient là pour la deuxième ou troisième année consécutives, chaque stage leur permettant de considérables progrès. Les discussions étaient orientées sur la vente, le commerce, le marketing, la banque, la conduite de projets, ce qui a permis dans les groupes une synergie très stimulante. Nous avons aussi parlé de politique et de vie sociale, comparant les us et coutumes de nos pays respectifs, ce qui a permis de beaux échanges et beaucoup de rires.
Le mercredi, les professeurs nous ont préparés pour la traditionnelle réunion business du jeudi soir : il s’agit d’un jeu de rôle au cours duquel nous avons dû monter un projet de rachat et développement d’un hôtel à Londres. Il fallait déterminer le style de l’hôtel, sa cible de clientèle, ses aménagements intérieurs, ses tarifs, etc.. tout le monde n’était pas d’accord autour de la table et nous devions soutenir nos arguments avec force phrases convaincantes et vocabulaire appropriés.


Loisirs

L’école nous a également organisé des loisirs en groupe, tels que sortie au restaurant indien ou parties de « skittles » , sûrement l’ancêtre du bowling, dans un pub qui fleurait bon la bière brune. Encore une occasion d’exercer, dans la détente, nos talents de communicateurs en anglais.


Bons petits plats

Le soir, dans nos familles d’accueil respectives, nos hôtes nous gâtaient de bons petits plats que nous commentions entre nous le lendemain : « excellents, quatre étoiles », faisant taire la légende sur la qualité de la cuisine anglaise. Ma famille d’accueil avait eu la gentillesse d’inviter à dîner de très proches amis, tous deux architectes, et nous avons passé un moment fort agréable, devisant sur l’urbanisme, l’art, la littérature, le cinéma… Je me suis étonnée moi-même de pouvoir tenir avec aisance des discussions sur des sujets aussi variés, après seulement quelques jours passés dans le pays. Seul bémol à l’immersion totale : les restaurants où la plupart des serveurs et maître d’hôtel sont … français ! En effet, contraints par le chômage en France à trouver bonne fortune ailleurs, beaucoup de jeunes français issus de l’hôtellerie s’installent en Angleterre où ils trouvent de bon emplois et une qualité de vie agréable.


Rendez-vous l’année prochaine

La semaine s’achève avec la cérémonie de remise des diplômes, conduite avec le speech à la fois solennel et plein d’humour du directeur. Nous échangeons nos e-mails, il y a un peu d’émotion dans les au-revoir, nous nous réconfortons en nous donnant rendez-vous l’année prochaine, au même endroit.

Fabienne


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