3 mois à Sydney

Delphine, juillet 2006

1. Décision de partir – projet - préparatifs:
 Une fois mon bac réussi, je décide de travailler quelques mois pour payer une partie de mon voyage en Australie sachant que mes parents m’encouragent à partir afin de me dépayser et d’aller parfaire mon anglais ! Je décide donc de m’exiler six mois de l’autre côté de la terre là où les prisonniers et les rebelles étaient envoyés par bateau au 19ème siècle. Mon plan est de passer les trois premiers dans une école de langue à Sydney et de suivre les cours en vue d’un examen de Cambridge histoire d’avoir un point de départ précis et un papier à la fin, puis de voyager trois mois là où j’ai envie.
En partant, la seule chose dont j’étais sûre c’est que j’avais une famille d’accueil et une date de début de cours avec des examens à la fin. Le reste n’était pas décidé, ni même ébauché. Manque de temps avant l’envol et aucune envie d’avoir un itinéraire fixe dès le départ. Des horaires à tenir, j’en ai eu pendant plus de dix ans, cette fois je ne suis pas pressée.
Le soir du départ mon sac n’est pas encore fermé et j’ai prévu de sortir avec mes amis faire la fête encore une dernière fois. Le lendemain juste avant de partir à l’aéroport j’oublie la moitié de mes affaires étalées à l’extérieur de mon sac ! De toute façon je n’ai pas assez de place puisque je me limite à un sac à dos de 55 litres qui va me suivre partout durant ce petit périple.


2. Le trajet (voyage) – vol / train :
Le vol est long et les escales à Frankfort et Singapour ne font que prolonger les heures d’attentes. Un mélange d’excitation et d’anxiété monte de plus en plus en moi. Je me réjouis énormément de découvrir ce pays et de revoir une de mes meilleures amies qui habite à Sydney depuis deux ans mais la peur de l’inconnu est bien présente. Je ne sais pas où, ni chez qui exactement je vais habiter bien que j’aie reçu une description de l’emplacement de la maison et une autre de ma famille d’accueil. Tout ce que j’ai en tête sont des attentes qui on le sait bien sont souvent loin de la réalité !
Finalement 24h de vol passées allongée sur trois sièges ne sont pas si horrible que ça ! Par chance l’avion n’était pas trop plein et j’ai hérité d’une des bonnes places. Une fille assise devant moi fait de même et nous passons nos longs moments réveillés entre deux films et une commande de console vidéo à parler de notre voyage à venir et à fantasmer sur ce pays. Ce que je ne sais pas encore c’est que quelques mois plus tard, je la croiserai dans les toilettes d’une station d’essence au milieu de nulle part lors d’une pause café pour le chauffeur du bus ! Ça m’est d’ailleurs souvent arrivé de revoir des gens comme ça dans un endroit insolite et même de continuer ma route avec eux en laissant mon autre trajectoire pour plus tard.


3. L’arrivée à destination :
A l’aéroport mon amie m’a fait la surprise de venir me chercher mais comme il était tard et qu’un des chauffeurs de l’école était là pour m’amener à bon port, j’ai dû lui dire « à demain » et me diriger sur Manly (où j’allais habiter) avec deux autres jeunes qui commençaient aussi leur séjour. Après avoir déposé tout le monde, le chauffeur me dit enfin que j’y suis et me dépose avec mes bagages chez une dame dont je ne reconnais rien à part son léger accent français. Elle me dira par la suite qu’elle vient de France mais qu’elle s’est établie en Australie depuis plus de dix ans. Elle c’est Odile, une femme dorée au soleil australien qui s’est fait l’Europe en auto-stop quand elle était jeune et nous raconte son passé comme si elle ne l’avait jamais quitté. Nous, ce sont les étudiants qu’elle accueille chez elle. Comme beaucoup d’australiens, elle offre une chambre et des bons repas de homestay mother à ces petits jeunes qui restent le temps de leur séjour dans une école ou de leur voyage avant de repartir. Certains reviennent la voir tellement elle est accueillante. D’ailleurs trois ans après j’y suis retourné avec autant d’enthousiasme que la première fois !


4. Le logement, premières impressions sur place:
Trois bungalows, une piscine, un jardin et une terrasse abritée par une pergola forment ce petit endroit qui a été ma maison pendant trois mois. J’avais ma chambre avec un bureau pour travailler et pour le reste (salle de bain, cuisine, salon), je le partageais avec trois ou quatre autres étudiants selon les semaines. Il y avait un brésilien qui jouais de la guitare en chantant des airs suaves pendant qu’on dansait ou chantait avec lui. Celui qui lançait les soirées cartes et bières c’était un grand tchèque à l’allure nonchalante mais qui ne manquait pas d’humour. Il y avait un ami français de Odile qui squattait chez elle depuis plusieurs mois en attendant de se trouver un appartement. Je me souviens qu’il se levait presque tous les matins à 5 heures pour aller surfer avec les plus assidus avant de courir au travail ! Le plus drôle était japonais et marchait presque en lévitation toujours pieds nus quel que soit le temps en disant « yes, yes » bien qu’il ne comprenait rien au début ! Et puis ensuite il y a les amis des amis qui viennent manger avec nous de temps à autre. La famille s’agrandit et les soirées s’allongent.
J’ai des amis qui habitent un peu partout dans les villes avoisinantes sur la côte et même des voisins qui vont dans la même école que moi ! On se retrouve souvent pour aller à l’école ensemble ou pour des soirées dans les bars du coin ou le week-end pour aller à la plage ou en ville. Bref on se fait vite un petit réseau d’amis qui nous suivra le temps du séjour et même ensuite…


5. L’école – le premier jour – l’ambiance et les sorties:

Comme on allait presque tous à la même école, mes colocataires d’une saison m’ont montré le chemin et les deux bâtiments qui forment l’Australien College of English. Depuis l’un d’eux on a la vue sur la plage de Manly. Qui a dit travail ? Effectivement, sous le soleil, avec les odeurs de crème solaire et les parfums de glaces, c’est difficile de ne pas se sentir à l’aise et de travailler tout en s’amusant ! Au début pourtant je n’étais pas sûre d’avoir choisi le bon endroit car je n’étais pas au centre de Sydney mais dans une des nombreuses baies qui l’entourent. Et puis au fil des semaines, Manly est devenue ma ville et Sydney son extension où je sortais de plus en plus le week-end, le soir ou l’après-midi après les cours. Je n’aurais pas pu tomber mieux que dans cette petite ville dotée d’une plage magnifique, de verdure un peu partout et d’une métropole branchée de l’autre côté de la baie dont l’accès en ferry ou en bus est si facile.
Le premier jour d’école est partagé entre la visite des lieux et un test pour évaluer notre niveau d’anglais histoire d’être sûr qu’on ait choisi le bon cours. Là, on voit les autres étudiants de notre volée pour la première fois et rétrospectivement c’est drôle de penser aux a priori que j’ai pu avoir sur certaines personnes qui sont ensuite devenues de très bons amis ! Après cette journée d’information et l’attribution d’un horaire des cours, on est tous conviés à un apéro sur une des terrasses de l’école où l’on peut rencontrer les professeurs et faire les premières connaissances.
L’école est extrêmement bien placée en plein centre de Manly. Il faut savoir qu’à Manly, le centre est jalonné par une rue principale, le Corso, d’où partent pleins de petites ruelles. Un des bâtiment de l’école est juste à côté de l’arrêt de bus (très pratique pour les matins où je traîne un peu trop dans mon lit !) et au coin d’un café Internet dans lequel j’ai passé de longs moments à envoyer des emails, des photos scannées (c’était pas encore l’aire du numérique !) et à rencontrer des voyageurs en transit par Manly. J’ai la plupart de mes cours dans ce bâtiment où se trouve également la direction de l’école. Notre classe est assez petite ce qui rend les échanges durant les leçons plus faciles et les pauses sur notre balcon privé sont souvent très animées et pleines d’échange multiculturel !
L’autre bâtiment, celui qui donne sur la plage, a des salles très spacieuses et possède une salle d’informatique d’où on a accès à Internet. Il y a aussi un centre audio-visuel où l’on peut aller à n’importe quel moment de la journée s’exercer sur un programme spécial. Chaque bâtiment possède une cafétéria et même une cuisine pour réchauffer son repas de midi. En sortant de ce bâtiment, on arrive en plein sur la rue remplie de restaurants sympas ou de petits cafés. Souvent on se retrouve dans l’un d’eux pour manger mais quand il fait assez chaud (je suis partie en hiver pour l’hémisphère sud…donc en mai les températures descendent) on pique-nique sur la plage avant de bronzer au soleil ou de faire une partie de beach-volley. Hé oui, c’est ça aussi l’Australie !
Le rythme des cours est assez poussé puisque j’ai choisi de passer un examen de Cambridge à la fin de mon séjour. Les journées sont partagées entre des cours le matin, une pause et des cours l’après-midi. En général le matin ce sont des cours basés sur le livre de grammaire que l’école met à disposition et l’après-midi c’est un peu plus relax car on travaille plutôt l’oral et le vocabulaire selon une thématique (conduire, au musée, en voyage, cuisine, sport, etc.) que chacun des étudiants peut choisir. Les professeurs sont tous de langue maternelle anglaise bien sûr mais pas forcément australiens. Il y a aussi des anglais, des écossais et des irlandais. La plupart d’entre eux ont déjà enseignés avant soit dans des écoles de langues comme celle-ci, soit dans des cours du soir. L’avantage d’étudier dans ce genre d’école c’est que les profs sont souvent au début de leur carrière ce qui implique qu’ils sont motivés, jeunes et ouverts au changement. Souvent ils nous demandent de leur dire ce qu’on aimerait changer ou ce qu’on apprécie dans leur manière d’enseigner. Pour ma part, j’ai eu trois différents professeurs mais cela varie d’une classe à l’autre. Un nous donnait les cours de grammaire, une autre le vocabulaire l’après-midi que l’on avait avec une autre classe du même degré que nous et le dernier est intervenu lorsque nous avions besoin d’un coach spécialisé pour les dernières semaines avant les examens.
C’est un système très différent de celui des cours habituels en Suisse puisque la seule branche que nous étudions est l’anglais. L’accent est mis aussi bien sur la grammaire que sur la prononciation orale, la compréhension écrite et orale ou le vocabulaire. Selon les nivaux, on touche même à de la littérature. Les cours du Cambridge sont élaborés pour apprendre l’anglais dit RP (received pronounciation) parlé par les journalistes de BBC par exemple. L’australien, on le sait bien, est emprunt d’un fort accent comparé à l’anglais d’Angleterre et a développé des expressions en relation à sa propre culture si bien que c’est presque une deuxième langue à apprendre. Selon les profs et la demande des étudiants, ils nous apprennent volontiers, parallèlement aux cours standard, quelques expressions Aussies à placer lors d’une discussion avec les locaux.
Evidemment, les cours ne prennent pas tout le temps libre mais plus on travaille régulièrement, plus on a de chances de progresser rapidement et d’avoir une bonne note aux examens. Cependant l’apprentissage de la langue se fait énormément en dehors de l’école, avec les autres étudiants, sa famille et les gens de la ville ! Je suis tombée dans une classe où les nationalités étaient très différentes bien qu’il y ait eu pas mal de suisses allemand. On était 9 dont une japonaise, deux coréens, un brésilien, une russe, trois suisses allemand et moi. Puisqu’on parlait presque tous une langue différente, on était bien obligés de se parler en anglais ensemble. La moitié des personnes avec qui j’étais en cours sont resté de simples copains de cours et l’autre moitié a été très présente dans ma vie en dehors des cours. J’avais aussi pas mal de contact avec les étudiants des autres classes puisqu’on était tous au moins une fois par semaine dans le même bâtiment et qu’on se retrouvait souvent à la pause ou dans la même équipe pour des excursions organisées par l’école après les cours. L’ambiance à l’école était toujours très décontractée, à l’image des surfeurs glissant sur les vagues à l’extérieur des bâtiments !


6. Sydney (ville choisie) - impressions - être installé (e) et étudier à Sydney au quotidien :
Mon premier trajet au centre-ville, je m’en souviens parfaitement car j’ai pris le ferry pour retrouver mon amie au port de Sydney le lendemain de mon arrivée. Au bout d’un quart d’heure de vue impressionnante sur les côtes et les plages avoisinantes, une tache blanche se dévoile petit à petit. C’est l’opéra de Sydney autour duquel le ferry tourne en donnant l’impression que les différentes parties qui forment cette construction se déplient tel un éventail. Clic, clic, clic fait mon appareil de photo. Ce premier spectacle du paysage australien, bien qu’urbain, n’était qu’une esquisse de ce qui allait suivre durant mon séjour à Sydney et mes trois mois de voyage au centre du pays.
L’école me prend pas mal de temps si je veux faire tout ce que les profs nous donnent comme devoirs mais je me suis quand même inscrite à plusieurs cours en dehors des activités offertes par celle-ci. J’ai suivi un cours de massage japonais Shiatsu et un cours de photo que la ville de Manly organise pour ses habitants. Et puis il y a tous les week-ends propices aux petites virées en voitures, en train ou en bus afin de découvrir les alentours. Je commence à bien connaître Manly et Sydney, à découvrir des endroits plus cachés, les quartiers branchés et à ne plus vouloir rentrer en Suisse ! Je profite d’aller à un festival de reggae à Byron Bay avec mes colocataires ou de partir aux Blue Mountains avec des gens de ma classe.
En plus des cours et des activités, l’école offre à tous les étudiants du Cambridge une study retreat dans un parc national à deux heures de Manly. Ces trois jours sont extrêmement ressourçant car ils sont placés au milieu des 12 semaines de cours, juste au moment de fatigue et de lassitude ! On part à deux ou trois classes au beau milieu de la nature dans un petit refuge où il y a même une cuisinière qui nous concocte des bons petits plats pendant que nous nous acharnons à apprendre la langue de Shakespeare tout en assimilant des expressions australiennes ! Cette petite « retraite » nous permet de bien nous connaître, de voir les profs sous un autre angle et de découvrir le bush australien. Après les cours nous allons en excursion, nous baigner ou faire du bateau. C’est là que j’ai vu pour la première fois un kangourou sauvage en allant ramasser du bois pour le feu du BBQ ! J’ai aussi eu mon premier tête à tête avec un boa géant qui se prélassait sous les marches en bois du réfectoire. Le bush ranger qui habitait dans une petite maison à côté du refuge nous assure que ce n’est pas dangereux car il est beaucoup trop lourd pour se déplacer rapidement ! N’empêche que tout le monde a évité le réfectoire jusqu'à son départ ! Le matin on se faisait réveiller par le concert cacophonique des kukaburra. C’est une espèce d’oiseaux dont le chant ressemble à un cri de singe et à 6 heures du matin c’est encore plus désagréable ! Le soir ce sont les chauves-souris et les opossums qui nous rendent visite. De retour à Manly, nous nous connaissons tous sans exception et nous faisons des plans pour les week-ends à venir.
Lors de mon séjour à Manly, j’ai rencontré beaucoup de personnes avec qui j’ai ensuite gardé contact pendant quelques années et quelques uns avec que je revois encore maintenant ! Il y a ceux qui habitent trop loin et avec qui on garde contact par email, lettre, téléphone et puis il y ceux qui habite en Europe ou en Suisse que je revois assez régulièrement et il y a bien sûr ceux qui deviennent des aventures ou des copains… Toutes les personnes que j’ai rencontrées à Manly m’ont ouvertes à leurs cultures, à leurs idées et à une nouvelle vision du monde. C’est souvent très utile aussi d’avoir des amis un peu partout dans le monde car on aura toujours un pied-à-terre au Japon, en Russie, en Italie, au Brésil, en Amérique du sud, en République Tchèque ou en Hollande !
Nous nous renseignons de plus en plus sur les activités à faire en ville de Sydney ou à Manly. Je me souviens que nous sommes allé au festival de vin et gastronomie à Manly lors duquel j’ai pu goûter les vins australiens de plusieurs vignobles et les spécialités locales. Je suis aussi allé à un festival de musique latine près de l’aquarium de Sydney. C’est l’occasion de rencontrer les habitant de la ville et de se mêler un peu plus aux jeunes australiens. Il faut demander où sont les endroits branchés de la ville, les bons restaurants pas chers, les petits cafés sympas, les lieux culturels à visiter ou les manifestations à ne pas manquer. En plus ce genre de contact avec les gens du pays exerce la langue !


7. Les cours – objectifs académiques du séjour :
Mais le jour des examens approche très vite et il faut travailler afin de passer le CAE. L’école nous a entraîné depuis trois mois aux différents tests : compréhension orale et écrite, rédaction et expression orale. L’école est habituée à faire passer des examens et possède un programme spécial d’entraînement aux examens d’anglais reconnus. Un mois avant la date des tests, nous avons droit à un coaching presque personnalisé. Un jour nous nous entraînons au test écrit en rédigeant différents textes en anglais formel ou informel, un autre à l’expression orale et un autre à la compréhension orale. Nous avons des examens factices afin d’être habitués à la mise en page et au style requis par les examinateurs. De plus le temps dont nous avons à disposition est défini pour chaque partie et nos professeurs nous limitent la durée de réflexion afin que nous ayons conscience du temps requis. En juin, les examens sont répartis sur quelques jours car il y a tous les étudiants de Sydney et des environs qui se retrouvent dans un bâtiment au centre-ville pour l’occasion. Nous sommes bien accueillis mais la discipline est stricte : les sacs au fond de la salle, seuls un crayon, une gomme, un stylo et une règle sont autorisés sur la table. Après chaque journée nous nous retrouvons autour d’une bière avant de rentrer nous reposer et nous préparer pour le lendemain !
Quelques mois plus tard je recevrai mes résultats (un papier attestant la réussite de l’examen de Cambridge) par la poste en Suisse et un gentil mot des professeurs qui me félicitaient. J’avais atteint mon premier objectif et j’allais commencer mon deuxième : voyager à travers l’Australie.
Une fois ces quelques jours d’examens passés, le séjour prend fin et les amitiés se délient ou se relieront pendant le voyage qui va suivre. Beaucoup d’étudiants comme moi pensent profiter de leur séjour en Australie pour voyager quelques temps. Après s’être échangé nos itinéraires respectifs, on remarque qu’on sera au même endroit à peu près en même temps et qu’on pourra faire un bout de chemin ensemble.


8. Après les cours, le voyage (Australie):
Et le voyage commence en fait vraiment là, quand on n’a pas de point d’arrivée précis, ni d’horaire prédéfini ou d’obligation à remplir. Finalement je me rends compte que trois mois ne vont jamais suffire pour voir tout ce que mon guide de voyage me propose. Je décide de me limiter à la côte est et au centre du pays. N’ayant pas de grandes économies, je ne pourrai pas prendre l’avion, il me faudra donc plus de temps pour parcourir tout ces kilomètres en bus. Le système routier est très bien développé en Australie et je me procure une espèce de passeport-kilomètres avec lequel je vais pouvoir voyager avec une compagnie de bus et hop on, hop off ou les paysages, les gens, l’atmosphère me semble intéressante !



Je me suis dit que j’allais suivre toute la côte Est de Sydney à Townsville en m’arrêtant selon les haltes du bus. Puis de Townsville à Alice Springs pour visiter la réserve aborigène de Uluru et Kata Tjuta en m’arrêtant à Mount Isa et Tennant Creek pour ensuite remonter à Darwin. Pour finir par le plus long voyage en bus de ma vie (environ 2930 km !) de Darwin à Cairns sans escale ! Je crois qu’il faut vraiment quitter la ville pour faire pleinement connaissance avec ce continent car c’est dans l’Outback ou dans le sauvage territoire du nord qu’on apprécie réellement le pays : son ciel étoilé à l’infini (et l’on découvre les constellation de l’hémisphère sud !), sa terre rouge, blanche ou jaune selon les endroits et le tempérament laconique des Aussies ! Mais pour le début de mon voyage ce sera côtes, randonnées dans le bush et plages de sable blanc.
Sur la côte Est il y a pleins de petits coins de paradis à ne pas manquer, du coup les escales sont nombreuses mais les touristes aussi ! J’essaie de me trouver des backpackers un peu paumés dans la nature pour éviter les voyageurs qui ne pensent qu’à boire et draguer ! Après une nuit à Newcastle, dans une chambre au-dessus d’un pub, passée à écraser des cafards gros comme un pouce, je passe deux ou trois nuits à Byron Bay (le coin rêvé des surfeurs et fumeurs de weed), puis à Surfers Paradise où franchement le nom n’est qu’un indice d’attraction touristique car rien de paradisiaque ne se dégage de cette ville montée aux buildings avec une plage en bordure de ville.
Puis je m’arrête à Noosa sur les conseils d’un jeune australien rencontré dans un des bus. Là je vais dans un tout petit backpacker où le responsable du coin ne se manifeste qu’au bout d’une demie heure l’air complètement hagard ! Il me montre ma chambre qui s’avère être un petit appartement au bord de la mer. Le rêve. Je décide alors de rester quelques jours pour me poser et ne rien faire. Au début je croyais être seule dans cet appartement mais en fait au bout de quelques heures une silhouette s’approche lentement et me lance un « hi » de bienvenue. Au fil des heures cette silhouette devient une personne et je rigole avec une australienne en voyage depuis plusieurs années, vivant de petits jobs par-ci par-là. Cette rencontre me donnera plus tard l’idée de proposer des petits services (nettoyage, service au bar ou resto, accueil, etc.) dans les backpackers afin de pouvoir y dormir à l’œil !
Après m’être bien reposée dans cet endroit si calme où la forêt tropicale et la mer se rejoignent, je reprends le bus direction Brisbane où je ne reste que le temps de visiter les musées et galeries et de profiter des bonnes soirées électro, hip-hop ou rock d’une grande ville. Entre Brisbane et Townsville j’ai vu quelques uns des plus beaux paysages : une île de sable, Fraser Island et un archipel, les Whitsundays Islands où la mer est turquoise, le sable blanc et les poissons colorés en fluo !
Sur Fraser Island je me suis trouvé un petit groupe de cinq personnes pour louer une jeep qui nous fera traverser l’île de sable. On a une carte, des provisions pour trois jours et un petit sac à dos avec maillot de bain, eau, linge et habit de rechange chacun. Pendant ces quelques jours on roule et s’enlise dans le sable en s’arrêtant à des spots inimaginables comme ce lac d’eau douce en plein milieu de l’île dont le bleu royal contraste avec le jaune du sable, où cet homme d’une quarantaine d’années qui malgré les interdictions de se baigner dans la mer infestée de requins se lance comme un fou dans l’eau ! C’est ça aussi les vacances, oublier les interdits et faire des choses dont on ne se serait pas senti capable ailleurs. Le soir nous campons sur la plage en attendant l’arrivée des dingos, sorte de chiens sauvages qui malheureusement vivent des restes de nourriture que les touristes laissent derrière eux.
L’autre point fort de la côte Est a été ma petite croisière sur un voilier dans les Whitsundays Islands. Là j’ai découvert les récifs de corail, des poissons dont les couleurs semblent avoir été inventées dans un monde parallèle et une plage où le sable et l’eau se mélangent comme le lait dans le thé sauf que les couleurs amènent une quiétude que seule la méditation peut rivaliser ! Je reste là des heures et plus tard dans la nuit, pour couronner ce spectacle, nous pouvons observer depuis le bateau en se penchant sur la surface de l’eau les phosphorescences qui émanent des coraux en pleine reproduction. Ça fait des scintillements sous l’eau ce qui amène une dimension magique à l’atmosphère déjà plutôt surréelle du voyage en mer. On a plus envie de remettre le pied sur terre après tout ça.
Mais je dois continuer mon chemin en direction de l’Outback après avoir fait du cheval sur Magnetic Island où je suis tombée sur un gars qui vient de la même ville que moi en Suisse et qui voyageait aussi en Australie ! Je n’ai toujours pas élucidé le mystère de la, somme toute, très relative taille du monde.
Ma traversée dans ce désert se fait par une étape à Mount Isa qui était très prisée au début du XXème siècle pour ses mines. Rien d’extraordinaire mais les gens de la guesthouse sont tous super sympas et on se fait un bon repas tous ensemble le soir. Puis je me retrouve au cœur de l’Outback, à Tennant Creek, carrefour entre le nord et le sud du Territoire du Nord. Jadis cette ville était le relais de l’Overland Telegraph Line et on peut encore y voir le vestige d’un relais de télégraphe ! Mais ici c’est surtout le choc de la rencontre avec les aborigènes victimes du système social australien. Apparemment, certaines familles d’aborigène reçoivent de l’argent en compensation du génocide dont ils on été victime jusque dans les années 70. Malheureusement, beaucoup d’entre eux utilisent cette somme en alcool et cigarettes et se retrouvent piégés dans cette ville fantôme où personne ne les voit. Ils deviennent les marginaux de la société oubliés à Tennant Creek où le vent et la poussière uniforment les gens.
Depuis là, petit détour par les Devil’s Marbles, sortes d’énormes boules de granite rouge qui peuvent mesurer jusqu’à 7 mètres de diamètre et qui gisent en plein milieu du désert. Selon une légende aborigène ils seraient les œufs du mythique Rainbow Serpent qui les aurait déposé à cet endroit pendant le Dreamtime. Il s’agit en fait de formation de roche due à l’érosion il y a des centaines d’années. Notre guide nous montre une plante utilisée par les aborigènes comme du sparadrap car son liquide laisse un film transparent antiseptique sur la peau. Après cette journée sous un soleil qui tape, rien de tel qu’un petit BBQ arrosé de bière ! On est donc convié chez notre guide et à la fin du repas elle nous fait signer son livre d’or dans lequel je retrouve des noms de personnes que j’ai rencontré à l’école ou pendant mon voyage. Dans quelques jours je devrai repasser par Tennant Creek et elle m’invitera à repartager le BBQ avec les voyageurs suivant dont deux amies de Genève que je rejoins pour la soirée. C’est grâce à ce genre de rencontre que mon voyage s’est avéré si riche et surprenant.
Le lendemain, je reprends le bus pour aller à Alice Springs où s’élève le fameux Uluru et les impressionnants rochers arrondis des Kata Tjuta. Soudain, pendant le trajet, le bus s’arrête devant un immense bidon, le chauffeur descend et sort un sac de jute duquel il extrait des cartes, des lettres et des paquets ! Eh oui il est en même temps le facteur de l’Outback ! Je suis assise à côté d’une australienne qui m’explique que ses enfants suivent l’école par radio car les distances sont trop grandes pour les amener à l’école chaque jour et ça leur permet de donner un coup de main à la ferme qu’elle et son mari entretiennent. Venant de Suisse où les distances sont minimes, ce genre d’histoire me paraît digne d’une fiction !
À Alice Springs je prépare mon expédition de trois jours dans la réserve du Uluru et des Kata Tjuta. Ces formations de roche sont gigantesques et je mets plus de 3 heures pour faire le tour à pied du Uluru. Cette marche est un mini pèlerinage car il n’y a personne autour, les touristes préférant escalader le rocher bien que ce soit un site aborigène sacré. J’ai un petit guide qui me décrit les différents endroits sacrés du rocher et les rites auxquels les aborigènes s’adonnent. Au milieu des Kata Tjuta, on a l’impression de se promener dans un paysage préhistorique où l’homme n’est pas à sa place car la nature règne.
Quelques jours plus tard, je remonte sur Darwin et le bus tombe en panne à des heures de la ville la plus proche ! C’est la nuit alors on dort, on s’impatiente et finalement un minibus vient nous chercher et nous amène à Darwin où nous arrivons avec 5 heures de retard ! En bonne Suisse je demande un remboursement mais dans l’Outback c’est chose courante et il aurait pu arriver bien pire me dit-on.
Darwin n’a rien d’extraordinaire mais je me balade dans une sorte de foire où je tombe sur un Suisse expatrié qui tenait un stand de raclette ! Et malgré la chaleur, ça marche bien ! À l’auberge de jeunesse, je compare les prix et les trajets des différents guides et j’en choisi un qui m’a l’air plus freestyle que les autres. C’est pendant ce petit voyage au cœur de la nature sauvage du Kakadu National Park que j’apprends à jouer du didgeridoo et que notre guide qui a passé plusieurs années dans une communauté aborigène nous raconte des histoires du Dreamtime. Assis autour du feu nous nous passons les didgeridoos et l’air sent bon le BBQ ! Ce parc national regorge de peintures aborigènes que notre guide connaît par cœur. Il nous emmène dans des endroits plus cachés que ce que les autres guides connaissent et nous fait partager sa passion pour la faune et la flore australienne. Un jour nous arrivons devant un petit lac très foncé et il nous dit « tous en maillot, on va nager jusqu’à la jetée là-bas », heureusement qu’il omet de nous faire lire le panneau qui dit « Attention aux crocodiles pendant la saison des pluies » ! Mais ça valait la peine d’avoir froid dans l’eau car nous nous retrouvons sur un petit banc de sable entouré de parois rocheuses et de chutes d’eau. Malheureusement c’est notre dernier jour et nous devons repartir. Sur le chemin du retour, nous conduisons à toute vitesse dans le never-never (arrière pays reculé de l’Outback) et soudain une horde de chevaux sauvages nous accompagne sur quelques mètres. Je n’ai pas beaucoup parlé d’animaux parce que peu de moments m’ont vraiment marqués mais celui-ci était comme sorti d’un rêve !
Après trois jours sans douche, le backpacker est vraiment le bienvenu ! Je reste un peu plus longtemps à Alice Springs car notre guide m’a promit de me faire lui-même un didgeridoo. Il m’en propose deux et je choisi celui qui fait le son le plus grave et dont la forme est un peu courbée. Il n’a pas de peinture dessus comme tous ceux qu’on trouve dans les boutiques souvenirs et je m’exerce directement le soir même avec des potes que j’ai rencontrés sur place. Soirée dansante et musicale !
Finalement, je monte dans ce bus pour la dernière fois en direction de Cairns où je vais passer la plupart de mon temps à Cape Tribulation, dans un petit backpacker au milieu de la forêt tropicale à déguster des fruits exotiques et manger gratuitement grâce à mon aide au service ! Je me baigne dans une eau transparente pour une des dernières fois car mon voyage touche à sa fin. Mais depuis j’y suis retourné pour découvrir l’autre côté du pays et revoir les nombreux contacts que je me suis faits là-bas !


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